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« Le pays de Gandhi au cœur d’une controverse »

« Le pays de Gandhi au cœur d’une controverse » Posted on 24 mars 2020Leave a comment

Ces dernières semaines, l’Inde fait face à de très nombreuses contestations à la fois à l’échelle nationale et internationale. En effet, le Parlement indien a officiellement adopté la loi de la nationalité après une première tentative avortée en 2016. Mais pourquoi fait-elle tant de vagues ? Remettons-nous dans le contexte.

L’origine de cette controverse 

Tout d’abord, cette loi va à l’encontre des deux piliers de la constitution indienne inscrits dans les articles 14 et 15 qui assurent un traitement égal pour tout résident en Inde peu importe son origine ethnique, culturelle et religieuse. Or, cette réforme a pour objectif deux choses : favoriser l’insertion globale des hindous venus de l’extérieur du pays tout en évinçant leurs homologues musulmans. Cette prise de position s’affirme comme le symbole d’une politique nationaliste affirmée par le Premier Ministre Narenda Modi, élu en Mai 2019. Les musulmans, représentant 14% de la population du second pays le plus peuplé du monde, ont très rapidement exprimé leur colère à travers de nombreuses manifestations aux violences extrêmes.

Qui est Narenda Modi ?

Né le 17 Septembre 1950, il s’engage très jeune chez les Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), groupe paramilitaire nationaliste. Homme politique très engagé, il est contraint de se cacher en 1975 lors de la déclaration de l’état d’urgence par le président Fakhruddin Ali Ahmed ayant mis fin aux libertés publiques. C’est en 1985 qu’il est affecté aux Bharatuya Janata Party (BJP), un parti nationaliste. Il y grimpe les échelons avant d’en devenir Secrétaire Général en 2001 puis Ministre en chef. Il dirige le parti d’une main ferme et réussit, lors des élections générales de 2014, à obtenir la majorité pour devenir le Premier Ministre de l’Inde – poste qu’il occupe encore à l’heure actuelle.

Narenda Modi en 2015.

Une loi aux objectifs nationalistes clairs 

Narenda Modi a poussé la mise en place de cette réforme afin de « rendre l’Inde aux hindous ». En d’autres mots, la culture dominante se doit de bénéficier d’avantages sur les cultures minoritaires. Il exprime fermement ses objectifs de création de castes et de distinctions sociales. Afin d’affirmer sa puissance, Narenda Modi fait défiler les forces militaires du RSS intimidant ainsi la population musulmane. Rappelons d’ailleurs que les forces RSS avaient été à l’origine du meurtre du Mahatma Gandhi, en 1948, jugé trop favorable aux musulmans.

Les conséquences de cette loi ne sont pas seulement administratives et démonstratives. En effet, de nombreux cas de violences, trahisons, manipulations et assassinats sont devenu des faits divers. De plus, ces actes, fortement soutenus par le gouvernement, ne sont que très peu réprimandés entraînant leur multiplication. Les rues portant des noms musulmans sont renommées et l’ensemble de l’héritage culturel est progressivement détruit par un Narenda Modi plus nationaliste que jamais.

Une révolte de la minorité musulmane

Rapidement après l’adoption de cette loi, le peuple musulman s’est insurgé contre le gouvernement afin de contester la discrimination dont celle-ci fait l’objet. En effet, les quelques 175 millions de musulmans craignent de perdre leur rôle de citoyen de première zone avec la création du registre national de citoyenneté. Fin 2019, les protestations ont réuni une majorité musulmane, soutenue par d’autres secteurs de la population. Les mobilisations, virulentes et fortement réprimandées par la police locale, ont entraîné plusieurs dizaines de morts. Des centaines d’étudiants ont également été blessés lors des confrontation avec les forces de l’ordre. Ces dernières ont également effectué des arrestations par centaines pour calmer la situation. Etant donné l’ampleur des contestations, le gouvernement a coupé la connexion internet afin de rendre plus difficile l’organisation du parti manifestant et a déployé 5 000 militaires dans les régions épicentres de ce mouvement. Le peuple refuse d’abdiquer et des marches contre la loi et les violences policières offrent un soutien supplémentaire aux insurgés.

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La justification du gouvernement 

Face à de telles confrontations, le gouvernement de Narenda Modi a cherché à apaiser les tensions en expliquant que « Les musulmans qui sont les fils du sol indien et dont les ancêtres sont les enfants de notre Mère-Patrie n’ont pas à s’inquiéter ». De plus, le Premier Ministre a valorisé cet amendement qui permet de soutenir les minorités non-musulmanes ayant trouvé refuge en Inde après avoir fui l’Afghanistan, le Bangladesh et le Pakistan. Ces explications n’ont pas eu pour effet de calmer les tensions d’autant plus que, peu de temps après sa mise en application, le gouvernement à utiliser le pouvoir qu’il possède au parlement (303 sièges sur les 543) pour établir un registre dans l’Assam (zone insurgée) pour exclure 2 millions de personnes de la nationalité indienne.

Et maintenant ?

L’opposition refuse de se soumettre à un Etat au pouvoir grandissant. Ainsi 9 Etats fédéraux ont-ils refusé d’appliquer la loi et souhaitent-ils contre attaquer en demandant sa révocation. Cependant, la situation est loin d’avoir atteint son terme d’autant plus que, grâce à sa politique réussie sur le territoire en conflit, Modi a été qualifié de « héros national » lui permettant d’être élu à nouveau aux élections législatives de 2019. L’homme au positionnement qualifié de national-populiste, anti-musulman et xénophobe, devient ainsi le premier chef de gouvernement indien, hors-de l’Indian National Congress, à remporter deux mandats consécutifs à la majorité absolue. La politique nationaliste Indienne va continuer de s’implanter malgré ses antécédents sulfureux. 

Thibaud TRICHARD

La gazette Nantaise.

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