Posted in Economie

« Le cours du pétrole connaît une chute exceptionnelle »

« Le cours du pétrole connaît une chute exceptionnelle » Posted on 28 mars 2020Leave a comment

Ces dernières semaines, le cours du pétrole a chuté de 70,14$ à 24,52$ pour le Brent et de 64,73$ à 20,07$ pour le WTI ! Cette chute inattendue arrive en même temps que la Pandémie du Covid-19. Cependant, penser que cette forte variation du prix s’explique seulement par un crash boursier dû au virus serait se tromper. Des tensions inédites entre les différents pays producteurs de pétrole ont également eu un impact significatif. Cette chute a provoqué un séisme mondial et pose de nombreuses questions. Essayons d’y voir plus clair…

L’effet de la crise sanitaire

Tout d’abord, l’apparition inattendue du Coronavirus a eu pour effet d’arrêter la Chine, l’un des pays-clés d’un monde plus globalisé que jamais. C’est le 23 Janvier que ce confinement historique a officiellement commencé mettant à l’arrêt un pays vital à une économie mondiale déjà alertée par plusieurs indicateurs similaires à ceux de la crise des Subprimes de 2008. Or, cet arrêt de la population a entamé une chute radicale de la demande de l’or noir affectant naturellement le prix du baril vers le bas. Cependant, cette première chute ne fut que de 16,41$ pour le WTI contre 19,16$ pour le Brent. Les marchés se sont donc affolés, cette peur poussant de nombreux investisseur à se débarrasser en urgence des actifs pétroliers en leur possession. Le 29 février 2020, le prix du baril effectue un léger rebond avant de s’approcher de sa seconde chute. En effet, la conjonction de l’avancée rapide du virus et d’une guerre d’influence entre les pays producteurs de pétrole va sonner le glas des cours du Pétrole.

Un désaccord entre les pays de l’OPEP aux conséquences planétaires

Après des accords trouvés 3 ans plus tôt pour contrôler le niveau de la production mondiale de l’or noir, les 13 pays de l’OPEP se sont réunis pour enrayer la chute du baril. La volonté d’un recul de la production était une option naturelle pour ajuster les variables entre Offre et Demande pour maintenir un cours qui était trop aux abois. L’Arabie Saoudite notamment, alliée à deux autres acteurs de l’OPEP, a accepté l’idée de diminuer la production à seulement 1 500 000 barils par jour jusqu’au 31 décembre 2020. Or, la Russie de Vladimir Poutine s’est fermement opposé à diminuer sa production à une valeur équivalente de celle de l’Arabie Saoudite. Le second pays producteur de pétrole à ainsi lancer une bombe aux Etats-Unis. En effet, ce refus de collaborer a causé une chute le 6 mars de 10% pour le Brent le faisant chuter au plus bas depuis presque 3 ans. Or, les américains, plus gros producteurs de gaz de schistes au monde, se doivent d’avoir un baril au dessus de 60$, seuil bénéficiaire permettant d’effacer peu à peu les 5 000 milliards de dollars investis dans ce projet faramineux mais déficitaire. Poutine a donc non seulement offusqué l’Arabie Saoudite mais a également mis à mal l’économie pétrolière américaine.

Russie–Arabie saoudite : un rapprochement qui agace Washington ?

De son côté, furieux de cette opposition russe, Riyad a décidé d’opérer la plus grande réduction de ses prix pétroliers en 20 ans ! L’Arabie Saoudite a effectivement inondé le marché en dépit de l’effondrement de la demande. Aramco a ainsi vendu son baril d’Arabian Light à son prix le plus bas jamais enregistré : 10,25$ le baril. Les conséquences sur les bourses ont étés immédiates avec une chute de 9,5% de l’indice du Koweït, 9% pour Dubaï et 7,1% pour Abou Dhabi.

Ces décisions ont provoqué une colère noire chez certains acteurs de l’économie notamment Fatih Birol, Directeur Exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie. Ce dernier a d’ailleurs affirmé que « les citoyens du monde se souviendront que des grandes puissances qui avaient le pouvoir de stabiliser l’économie de nombreux pays dans une période sans précédent ont décidé de ne pas l’exercer, l’Histoire les jugera ». Ces mots forts se sont multipliés et des acteurs de l’économie américaine ont également communiqué avec Washington pour demander à l’Arabie Saoudite de cesser cette provocation et d’aller dans le sens de l’économie en essayant de rassurer les marchés financiers et énergétiques qui montrent une volatilité exceptionnelle. Mike Pompeo (chef de la diplomatie américaine) a ainsi partagé un tweet : « Nous sommes convaincus que tous les pays devraient travailler ensemble pour contenir la pandémie et stabiliser les marchés énergétiques ».

L’avenir de la consommation de pétrole

Cette chute de plus de 50% a ainsi réduit significativement le prix au litre à la pompe. Cela augmente naturellement le pouvoir d’achat à court terme des ménages. Cependant, le confinement ne cessant de croître, la demande en Europe est extrêmement faible. L’Inde, les Etats-Unis, et toutes les zones habituellement très consommatrices de pétrole, sont à l’arrêt et n’ont plus de besoin d’or noir à très court terme. L’incertitude quant à l’avenir de certains secteurs industriels est également un facteur aggravant la demande. Il est également impossible à l’heure actuelle de savoir quand les pays confinés vont pouvoir reprendre une activité traditionnelle. C’est pourquoi le prix du baril ne semble pas prêt de remonter à condition que les pays producteurs réduisent de façon drastique leur production afin de l’équilibrer à une demande dérisoire mais cela semble rester utopique tant que la guerre entre l’Arabie Saoudite et la Russie persiste. Reste donc à voir comment la situation géopolitique et économique mondiale va évoluer dans les semaines à venir.

Le conseil de la Gazette Nantaise en bourse

Selon nous, malgré une économie mondiale à l’arrêt à l’heure actuelle et pour les prochaines semaines, il est impossible de savoir quand et jusqu’où pourrait remonter le prix du baril. Cependant, dans les mois à venir, l’économie mondiale va devoir se remettre en marche pour compenser les conséquences dramatiques créées par le Covid-19. Or, une économie qui repart est une économie qui a (encore) besoin de pétrole pour faire fonctionner les industries vitales. De plus, les pays producteurs de pétrole vont sans aucun doute trouver un accord ou vont, pour le moins, contrôler indirectement l’offre pour retrouver des bénéfices indispensables à leurs économies. Pour conclure, nous supposons a fortiori que la demande va augmenter dans 4 à 12 mois et que les prix vont aller à la hausse. Investir sur des indices pétroliers devrait donc porter ses fruits, nous suivrons cela de près…

Thibaud TRICHARD

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *