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« L’Australie, victime des flammes »

« L’Australie, victime des flammes » Posted on 29 mars 2020Leave a comment

Il y a encore quelques mois, les yeux du monde entier étaient rivés sur l’Australie qui vivait l’une des pires succession d’incendies de son histoire. Ces feux de brousse sont rapidement devenus incontrôlables notamment à cause d’une vague de chaleur historique et une sécheresse bien supérieure à la normale. La combinaison de ces événements dramatiques a porté le bilan à environ 30 morts chez les hommes et plus d’un milliard chez les animaux. Retour sur ce drame…

Quelles sont les origines de ces incendies ?

Selon les météorologues, la présence initiale de risque élevé d’incendies dévastateurs s’explique en grande partie par un dipôle des océans particulièrement positif. Ce dipôle, également appelé El Niño, se caractérise par une fluctuation anormale des températures à la surface de la mer. Ce phénomène crée une forte différence entre la partie occidentale et la partie orientale, celle-ci devenant tour à tour plus chaude et plus froide. Le dipôle de l’Océan Indien (DOI) s’avère désastreux lorsqu’il s’approche des extrêmes, que ce soit positif ou négatif. Or, ces derniers mois, le DOI a été extrêmement positif ce qui a annulé la saison des pluies dans le Nord ne permettant donc pas de contrôler ces immenses incendies.

A cela ce sont ajoutées d’autres conditions climatiques extrêmes, notamment une sécheresse historique combinée de vents forts permettant une propagation plus rapide des flammes. Le pays a également connu des conditions particulièrement arides cette année au point que les 34 mois séparant Janvier 2017 à Octobre 2019 ont été les plus secs jamais enregistrés. Le niveau de pluie s’est retrouvé de 35% inférieur à la normale sur cette période.

Le pays des kangourous a parallèlement subi plusieurs records de températures. Le 18 Décembre 2019 a été la journée la plus chaude jamais enregistrée avec une moyenne sur l’ensemble du pays de 41,9°C. Ensuite, le 4 janvier 2020, la température maximale de la capitale australienne est passé de 42,8°C à 44°C. Ce mois de Décembre a été le plus chaud depuis le début du calcul des températures (1910).

Et qu’en est-il du lien avec le réchauffement climatique ? Dès 2017, le bureau météorologique d’Australie avait déjà mis en garde les dirigeants politiques face à une augmentation accrue des températures dans le pays, notamment avec la diminution des pluies de 11% ces dernières années. A l’appui de ces propos, ce même bureau a affirmé que « le changement climatique influence la sévérité des conditions de feux de forêt dangereux ». Un rapport publié en 2018 par le CSIRO (Organisme Gouvernemental pour la Recherche Scientifique) a démontré un lien significatif entre l’augmentation des feux, de leur intensité et de leur durée avec le réchauffement climatique. Selon des analyses a posteriori, publiées en Mars 2020 soit quelques semaines après la fin des incendies, les scientifiques se sont accordés à dire que les changements climatiques dus aux activités humaines augmentaient d’au moins 30% les risques d’incendies violents comme ceux ayant affecté le pays. Il va de soi que ces événements ont révolté de nombreuses organisations pour la défense de l’environnement qui souhaitent réformer notre système économique. Ces derniers s’accordent à dire que les 30% annoncés par les scientifiques sont en réalité une estimation basse de l’impact humain.

Le début des incendies

Le départ de ces feux s’est fait vers les régions de Nouvelle-Galles du Sud ainsi que dans la zone du Queensland avec environ 150 incendies, un chiffre bien supérieur à la moyenne.

Cette prise aérienne met en avant la dimension des premiers incendies et la force des vents qui emmenaient ces nuages vers la Nouvelle-Zélande :

Ces feux, initialement appelés feux de brousse, sont habituels en Australie. Cependant, cette année, plus de 6 millions de personnes ont été affectées par des « feux de brousse historiques ».

Dès le début de ces incendies, le chef du service des feux a déclaré qu’il s’agissait de « la semaine de feux de brousse la plus dangereuse que le pays ait jamais vue ». Suite à ces déclarations, la réaction ne s’est pas faite attendre avec la mise en place de l’état d’urgence par le Premier Ministre de la Nouvelle-Galles du Sud.

Les feux n’ont cessé de progresser malgré de fortes précautions. Très rapidement, plus d’un million d’hectares de terres agricoles sont partis en fumée avec plusieurs dizaines de milliers d’animaux. A cela s’ajoutent plus d’un millier de maisons détruites et un rapprochement dangereux des feux vers la ville de Sydney.

A la fin du mois de décembre 2019, après une très légère diminution de la rapidité de propagation des incendies, ceux-ci se développent à nouveau et à vitesse grand V. Cette-fois, le pays est touché de plein fouet vers le sud du pays, comme le montre cette image :

Le drame devient mondial et la propagation exponentielle de ces feux pousse de nombreuses personnes du monde entier à fournir des moyens financiers pour lutter contre ce désastre. La situation vire au cauchemar et les hommes, comme les animaux, tentent de fuir ces zones à haut risque mais le drame n’est pas évitable par tout le monde. Le 10 janvier 2020, tous les pompiers du pays se battaient contre 137 foyers d’incendies dont 66 étaient incontrôlables. Malgré les centaines de milliers de personnes ayant déménagé et les solutions mises en place pour aider les animaux dans ce moment difficile, les dégâts sont immenses avec plus d’un milliard d’animaux décédés.

Les images de cette vidéo «  https://youtu.be/y1OBMAkG8Ls » parlent d’elles-mêmes. Cet événement tragique restera sans aucun doute dans la mémoire de beaucoup de personnes et aura probablement un impact sur l’évolution des comportements australiens, réputés parmi les plus gros pollueurs à l’heure actuelle.

Quels ont étés les conséquences ?

Pour mettre en relief les différentes conséquences de ces feux, nous allons essayer de chiffrer ces données.

Au total, c’est plus de 180 000 km² de bois qui ont été ravagés soit plus de 4 fois la superficie de la Suisse. Plus de 5 900 bâtiments ont été détruit et plus de 300 millions de tonnes de CO2 ont été émises.

Au niveau humain, au moins 33 personnes sont décédées par les flammes tandis qu’il est impossible à l’heure actuelle de mesurer les dégâts à plus long terme que la détérioration de la qualité de l’eau, de l’air et des sols aura sur les vies humaines et animales. Fin Mars 2020, les spécialistes s’accordent à dire que 10 millions de personnes ont été intoxiquées suite aux incendies tandis que 2 000 maisons ont été brûlées et que les assurances ont financé des dommages à hauteur de 485 millions de dollars pour compenser les dégâts.

Au niveau de la faune, plus d’un milliard d’animaux ont perdu la vie sur cette période (selon une estimation prudente) dont 800 millions seulement dans l’Etat de Nouvelle-Galles du Sud. Certaines espèces en voie d’extinction ont très probablement disparu. D’autres espèces endémiques (kangourous, koalas, opossums…) ainsi que des reptiles, oiseaux, invertébrés ont subi des pertes considérables. Plusieurs de ces dernières pourraient disparaître à cause des éléments toxiques les environnant, du manque de nourriture, du manque d’abris naturels … Environ un tiers des koalas ont disparu et certaines images de ces derniers entourés par les flammes ont fait le tour du monde. Seul 9 000 des 46 000 koalas de l’île-continent ont survécu, ce qui pousse de nombreux spécialistes à vouloir déclarer l’espèce en danger afin de la protéger.

Les oiseaux ont eux aussi été fortement touchés et désorientés par les puissants nuages de fumées toxiques. Des milliers d’oiseaux ont été retrouvés au sol partiellement ou totalement carbonisés.

Il ne serait pas possible de faire une analyse de chacune des espèces touchées. Il est donc important de comprendre que ce genre d’évènement impacte de façon considérable l’ensemble de l’écosystème. Selon Philippe Grancolas (directeur de recherche au CNRS), en comptabilisant toutes les espèces animales, on dénombrerait environ un million de milliards d’animaux ayant perdu la vie.

L’avis de la Gazette

Des évènements tragiques comme celui-ci risquent de se reproduire en Australie dans les années à venir. Ces épisodes d’incendies ont permis d’alerter sur le fait qu’il faille considérer une nouvelle façon de penser et de se comporter. De nombreux dons ont été effectués et un soutien financier à l’échelle mondiale s’est naturellement mis en place. Néanmoins, cela ne devrait pas s’avérer suffisant pour prévenir de futurs incendies dramatiques et ne sera sans doute pas systématique non plus. De plus, le comportement de certains politiques fait polémique et nous le comprenons. Effectivement, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud, qui fait partie des zones très touchées, a décidé de réduire les financements envers les services d’incendies. Dans la même veine, le départ en vacances du Premier Ministre Scott Morrison pendant les événements a été très mal vécu. Nous pensons donc que, à l’avenir, il sera essentiel de considérer une dimension plus responsable dans chacun des partis politiques au pouvoir et que, sans cela, nous ne pourrons faire face à toutes les conséquences de nos actes. Plus nous attendons, plus le chemin sera long et difficile, c’est pourquoi nous devons au plus vite considérer certaines questions essentielles afin de réussir à combiner un monde globalisé, une économie positive et grandissante tout en respectant notre environnement afin de ne pas mettre en danger les générations futures.

Thibaud TRICHARD

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